Franco MANNATO : un homme de conviction
Berger du Caucase Groënlandais
Franco Mannato a la sérénité du puriste resté fidèle à ses convictions. Pionnier du sport de traîneau en France, il préside l'une de ses fédérations. Mais ce sont des chiens très différents qui profitent du parc de son château poitevin, le seigneur du lieu étant souverainement éclectique : quand il n'est pas sur une course ou un ring, c'est même en chevalier d'une troupe de reconstitution médiévale qu'il se réincarne…
Comment l'élevage "of Amarit" a-t-il commencé ?
Etudiant, je suis allé aux Etats-Unis en 1969, ramenant Louise de Sibérie : ce fut le premier Siberian Husky en France. Nous étions ensuite une petite poignée de mushers : nous avons créé le premier club de traîneau et organisé la première course dans les Vosges. Comme je suis économiste à l'OCDE, j'ai beaucoup voyagé, ramenant des Huskies de différents pays.
Entre traîneau et exposition, vous n'avez jamais choisi ?
En effet. Pour moi, un chien doit être fonctionnel et bien dans son standard. Pendant de nombreuses années, j'ai couru dans presque toutes les catégories, et j'ai eu 6 champions de beauté et un champion du monde.
Courez-vous toujours ?
Non. C'est ma femme, jeune et sportive, qui a pris le relais avec nos Samoyèdes et Groënlandais ! J'ai arrêté l'élevage de Huskies, car avec eux j'avais l'impression d'avoir tout connu. Et puis mes responsabilités à la tête de la Fédération Française de Pulka et de Traîneau à Chiens (défendant les 4 races nordiques) me prennent du temps. Je suis également juge qualifié pour les Huskies, Malamutes, et en stage pour 4 races de Bergers de l'Est.
Outre les chiens de traîneaux, vous avez donc d'autres races ?
Bergers du Caucase et Border Collies. Je pense faire quelques portées. J'aime l'allure, les aptitudes des protecteurs de troupeaux, comme le travail des chiens de conduite. Lorsque j'habitais dans les Yvelines, mes Border travaillaient à la Bergerie Nationale de Rambouillet. A tous les chiens, le travail confère un meilleur équilibre physique et psychique.
Comment vivent vos chiens ?
Tous ensemble, dans un parc clôturé de plusieurs hectares. Ils s'entendent bien, car ils ont un chef de meute à poigne : ma femme !
Qu'utilisez-vous comme aliment ?
Advance en hiver, et Pedigree® Formula en été.
Qu'est-ce qui vous motive le plus à présent ?
Les travaux que j'ai à faire dans mon château du XIVème siècle !
L'élevage et la sélection selon Franco Mannato Quelle était votre production de Siberian Huskies ?
Deux portées par an, pendant de longues années. J'ai produit de beaux chiens, qui travaillaient bien.
Cela a toujours été votre ligne de conduite ?
Sélectionné selon la conformité au standard, le chien a une construction adaptée à sa fonction. Certes, en plus, il lui faut le mental. Mais il n'y a pas de problèmes pour faire travailler un Husky : le travail lui fait plaisir. Certains éleveurs vont en expositions et font passer le brevet de travail à leurs chiens : ceux-ci ne sont pas ridicules devant un traîneau, même s'ils ne sont pas sur le podium. Certes, à mon époque, on gagnait à la fois en expo et en course : il est arrivé que mon attelage de 6 chiens soit composé de 6 champions de beauté !
Comment parvenir à un tel résultat ?
Obnubilé par la beauté, on privilégiera certains critères physiques comme le port de queue, la forme des oreilles. Préoccupé que de travail, on s'intéressera à des critères purement morphologiques comme les angulations, la prise de terrain. Or la sélection doit englober tout cela. C'est évidemment plus difficile.
Comment considérez-vous la consanguinité étroite ?
Avec prudence, car dans une souche elle fixe les défauts aussi bien que les qualités. Je l'ai pratiqué ponctuellement, sur des chiens qui n'avaient pas de défauts visibles et dont je connaissais bien la lignée. J'ai eu des résultats corrects.
Comment en êtes-vous venu à juger ?
J'ai toujours aimé le milieu de la cynophilie, et la fonction m'intéressait. Mais j'ai ma propre déontologie et je m'interdisais d'être juge tant que j'élevais des Huskies. Je trouvais cela trop délicat.
Qu'aimeriez-vous juger en plus de vos attributions ?
Sans doute les autres chiens de traîneaux. Je pense qu'un juge doit avoir élevé la race pour la connaître à fond, ou en tout cas des races proches.
Avez-vous un message à transmettre ?
En France, grâce à nos outils sélectifs, nous avons dans certaines races parmi les plus beaux chiens du monde. A l'heure où la confirmation va disparaître, je souhaite qu'éleveurs et clubs continuent à œuvrer avec le même sérieux. L'avenir des races en dépend.
Elevage of Amarit Château de la Boissière 86350 ST SECONDIN
franco.mannato@oecd.fr
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Interview réalisée par Vos Chiens Magazine

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